Parcours d’un ancien clandestin

Pendant de longues années il n’avait pas d’existence légale sur le sol français. De nationalité capverdienne, traits du visage très fins cet africain de trente quatre ans qui habite Nice a dû attendre la naissance de sa fille dont la maman est francaise, pour obtenir une carte de séjour. Avec un fort accent, il raconte son histoire.

Comment es -tu arrivé en France ?

J’ai quitté le Capvert en 94 avec un visa touristique pour le Portugal. Je m’installe et travaille. Quelques mois plus tard, coup de fil de mon frère, il me dit de venir en France. Sans papiers, j’ accepte. La premiere fois que je suis venu c’était avec un collegue et sa famille, en voiture. Ils avaient tous des papiers, il n’y a pas eu de contrôle à la frontière. S’il se passait quelques chose c’était prévu que je me débrouillle. En Espagne on a eu un accident de voiture, on a dû donc faire Barcelone Cannes en train. La deuxième fois je suis revenu toujours sans papier en Autocar.

Comment t’es tu inséré dans le monde du travail, sans papiers? Je travaillais au black, on me payait en espèce parce que je n’avais pas de compte. Je gardais tout l’argent chez moi. On me proposait toujours du travail mais je n’acceptais pas car c’était en France. Je trouve ensuite du travail dans une boite d’interim à Monaco. J’y travaille avec les papiers de mon frère, Lopez qui me ressemble. Les gens posent pas de question. Je ne parlais à personne de ma situation, je fesais confiance qu’ à Jean Yves. Tout le monde croyait que j’étais portuguais. En ce moment il y a beaucoup de contrôle sur les chantiers, il n’y en avait jamais quand j’étais en situation irrégulière. J’ai eu l’opportunité de faire des photos de mode. J’ai du refuser à cause de ma situation. Le plus facile pour travailler sans papiers c’est le bâtiment, si t’es bosseur, ils ne cherchent pas à comprendre de A à Z.

Comment s’est organisée ta vie sur place?

Au début quand je suis arrivée j’étais hebergé par mon frère à Vallauris, ensuite j’ai pris mon propre appartement. La propriétaire savait que je n’avais pas de papiers. Mais tant que je lui payais son loyer ça allait. Il n’y avait pas de bail et c’était pas declaré. En ce qui concerne la sécurité sociale, j’ai jamais été au docteur quand j’avais pas de papiers. Une fois j’ai eu un accident sur le chantier, on m’a transporté à l’hopital, mais on ne m’a pas demandé de papiers.

Forcément j’avais peur à chaque fois que je voyais la police. Je ne restais jamais en groupe, je restais seul pour diminuer le risque de me faire arrêter. J’ai été controlé deux fois, je dis je viens de sortir j’étais pressé, j’ai pas mon portefeuille et je donne le nom de quelqun qui a la nationalité française. Ensuite ils verifient à la préfecture, par téléphone, si c’est bon l’ordi dit la personne est en règle et ils te laissent partir.

Comment ça se passe au niveau des papiers pour venir en France?

Il y a des capverdiens qui travaillent à la préfecture au Capvert et qui donnent des papiers contre de l’argent. Aussi, comme il ne peut pas exister deux même personne sur le même territoire, il y a une ruse. Un mec te vend ses papiers de portugais, il enlève sa photo met ta photo. Lui, il reste au Portugal et toi, tu viens en France avec ses papiers. Si tu te fais arrêté, tu as des papiers portuguais en règle alors la police téléphone au consulat portuguais pour vérifier.

Quand on m’a refusé la carte de séjour, j’ai reçu une lettre qui disait que je devais quitter le territoire, ils te donnent de l’argent avec un délai pour préparer ta valise. Je n’ai jamais répondu. J’étais domicilié chez mon frère mais j’avais mon propre appartement. S’ils venaient me chercher, mon frère pouvait me prevenir pour que je m’échappe ou pouvait dire que j’ étais parti au Portugal.

 

« On dit de moi que je suis radin sur l’eau et l’électricité par exemple mais c’est parce que j’ai la valeur des choses, j’aime pas gaspiller, parce que je sais ce que c’est de ne rien avoir. »Pour l’heure Joyce est fier et rassuré d’avoir entre ses mains une carte de séjour française, obtenue il y a bientôt trois ans. Il sait que dans deux ans il pourra demander la nationalité française car il aura cinq ans de carte de séjour. Il aimerait garder tout de même la double nationalité. Même s’il s’est battu pour avoir des papiers français il attache toujours beaucoup d’importance à son pays d’origine : « mon pays de coeur »

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